Jérôme Ruskin

Fondateur et directeur de la publication Usbek & Rica

“Le magazine qui explore le futur ”

Inspiré par les personnages des Lettres persanes de Montesquieu, Usbek & Rica entend démocratiser le savoir et fédérer ses lecteurs autour des grandes questions d’avenir.

 

Pourquoi et comment avez-vous fondé cette revue ?

J’ai fondé Usbek & Rica à la fin de mes études de sociologie. Je sortais de l’EHESS, qui est un peu la Rolls-Royce des sciences sociales, mais aussi un grand kibboutz intellectuel… Mon ambition était de démocratiser le savoir avec une revue accessible à tous. Le premier numéro est paru en juin 2010, sans publicité, en librairie. En janvier 2012, la revue s’est transformée en magazine : toujours trimestriel, le produit est plus chaleureux, disponible dans 6 000 points de vente au lieu de 1 200 et coûte 5 et non plus 15 euros. Usbek & Rica, c’est aussi une collection de livres, « Le monde expliqué aux vieux », un site Internet, un « Tribunal pour les générations futures » – une manière un peu rock’n’roll de faire des conférences – et un volet corporate.

 

Comment explorez-vous le futur ?

Je ne suis pas prospectiviste, mais éditeur. Avec mon équipe, nous repérons les bons sujets et les bonnes personnes pour parler du futur. Cela suppose une veille attentive et un regard particulier. Notre approche est résolument généraliste, transversale et inter­disciplinaire. Nous nous intéressons aux ruptures, aux basculements. Le principal accélérateur est bien sûr la technologie, avec la révolution numérique. La grande question est presque toujours de savoir si ces progrès techniques sont aussi des progrès humains. Notre vision du futur est une vision engagée, qui se traduit notamment dans le choix de nos sujets : la civilisation du partage, la ville de demain, le revenu universel, l’école du futur. Usbek & Rica incarne les valeurs d’une certaine jeunesse, celle de l’Égypte, du Brésil, de la France ou de la Turquie. C’est aussi un mou­vement qui fédère les jeunes et qui réclame un futur où l’humanisme l’emportera.

 

La prospective fait-elle un come-back ?

Alors qu’elle était considérée comme un peu ringarde il y a quelques années, la prospective fait un retour en force. Dans une société en crise, l’avenir est un vrai sujet. Non seulement les citoyens ont envie de retrouver un peu d’optimisme et d’enthousiasme, mais ils veulent aussi reprendre leur destin en main. Il en va de leur survie. Pour envisager le futur, il nous faut réinventer des modèles qui permettent de maîtriser les progrès techniques, de remettre l’homme au centre des réflexions. Il faut faire en sorte que chacun puisse contribuer à l’élaboration de la société à venir. Les entreprises sont elles aussi intéressées par cette thématique du futur. Toutes sont confrontées à une remise en question de leur position sur le marché et doivent constamment rester en éveil. Lorsqu’on voit le nombre de marques et d’entreprises qui utilisent les mots « demain », « avenir » ou « futur » dans leurs publicités ou leur com­munication, on réalise à quel point ce questionnement est omniprésent. Beaucoup nous demandent d’ailleurs de les aider à comprendre leur futur.

Vous travaillez donc aussi avec les entreprises ?

Nous avons été hésitants au début, estimant que ce n’était pas notre métier. Puis nous avons compris qu’elles nous demandaient avant tout du contenu, du sens. Les services communication des entreprises s’apparentent de plus en plus à des rédactions de médias et souhaitent travailler avec des gens qui leur permettent de s’adresser différemment au public. Bouygues Immobilier nous a par exemple demandé de participer à sa plateforme « Demain la ville », lieu d’échange et de réflexion avec des blogueurs, des journalistes et des architectes. Nous travaillons selon la même approche, mais sur des supports différents, avec Danone, General Electric France ou encore SFR. Nous sommes aussi en train de lancer des études prospectives avec des projections à cinq, dix et quinze ans et une dimension stratégique. Ici, il ne s’agit plus d’une démarche éditoriale mais bien de conseil. La méthode d’investigation est en train d’être peaufinée et sera présentée aux entreprises à la rentrée. En dépit d’une forte demande, il n’y a pas grand monde sur ce créneau…

Paru dans Le Média n°8, le magazine d’Angie – automne 2013