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Le mobile-first : solution ou traquenard ?

Les annonceurs sont de plus en plus nombreux à exiger du mobile-first dans les briefs, et beaucoup d’agences UX en ont fait leur leitmotiv. Derrière cette tendance se cache un constat indiscutable : les internautes utilisent désormais davantage leur smartphone que leur pc pour chercher et partager des informations, faire du showrooming, poster des photos etc.

Mais prend-on réellement les bons indicateurs et peut-on réellement faire du service design optimal en adoptant une approche aussi radicalement minimaliste ?

Prenons un court instant pour revenir à l’acception couramment donnée à ce concept : le mobile-first propose de ne plus considérer la version mobile d’un site comme l’extension d’un site desktop (pc de bureau ou pc portable), mais de faire l’inverse. Partant du principe que l’usage est majoritairement mobile, et qu’il est plus facile d’ajouter des contenus ou fonctionnalités que d’en enlever, cette méthode propose de concevoir les différents templates d’abord sur un format mobile puis de les décliner sur les grands écrans. 

L’expérience nous a pourtant montré que cette façon de faire était souvent génératrice de simplexité :

  • Lorsque votre page contient différents blocs de contenus A, B, C, D… vous n’avez pas d’autre possibilité sur mobile que de faire A, puis B, puis C, puis D… Cela amène certes un travail de priorisation nécessaire (définir le contenu du bloc A et celui du bloc B etc.), mais aucune réflexion réelle sur l’importance relative des blocs entre eux. On ordonne les blocs, mais on ne réfléchit pas à ce stade à comment ils vont cohabiter s’ils sont amenés à être visibles sur un même écran sans scroll, sur pc donc, et comment ils peuvent éventuellement avoir des comportements dépendants les uns des autres (cf l’exemple du panier flottant).
  • Pendant longtemps, la largeur d’écran retenue pour la conception sur mobile était de 320 pixels, et depuis plus d’1 an, on utilise désormais la largeur plus répandue sur les derniers smartphones, à savoir 375 pixels. La grosse limite de cet exercice est que ce qui peut parfaitement fonctionner sur un écran de 375 pixels ne fonctionnera pas forcément sur un écran de 320 pixels : par exemple une double colonne utilisée pour une liste produits. Tant qu’à privilégier le mobile-first, il conviendrait de toujours travailler a minima sur 2 résolutions d’écran, sauf que cela ne résoudrait par pour autant le point précédemment évoqué.
  • Une pratique très courante et qui découle directement du mobile-first est d’utiliser un burger menu qui au clic fera apparaître la navigation. Cette solution de facilité et dont l’efficacité est régulièrement contestée a pour première conséquence d’occulter un élément fondamental dans la conception d’un site : l’organisation des contenus. Or une arborescence de site réellement mobile friendly serait plutôt une arborescence avec 3 ou 4 entrées maximum, qui seraient immédiatement visibles sans avoir à cliquer sur un burger menu dont la signification est loin d’être partagée par tous les mobinautes.
  • Enfin la méthode du mobile-first peut rapidement amener à des sites qui se contentent sur desktop d’empiler les blocs A, B, C, … ce qui est techniquement bien plus simple mais au final assez pauvre au niveau de l’expérience utilisateur : pensons à celles et ceux qui utilisent des écrans HD voire 4K et à qui on impose des scrolls fastidieux tout en élargissant à outrance des blocs de contenus pensés initialement pour un écran de résolution 10 fois inférieure.

Par ailleurs, il faut revenir au postulat de base, à savoir : l’usage est majoritairement mobile. Or ce postulat découle presque exclusivement d’une donnée : le nombre de visites depuis un mobile.

D’autres éléments structurants sont occultés :

  • Le temps passé : 1 visite sur desktop peut en durée égaler 2 à 3 visites sur mobile ;
  • Les usages : tous les e-commerçants confirmeront un taux de transformation bien plus faible sur mobile (si on n’intègre pas les applications mobiles, ce qui est un autre sujet) ;
  • Le niveau d’engagement : les visites sur mobiles sont majoritairement motivées par des besoins purement fonctionnels, et les limites techniques imposent de proposer un contenu plus pauvre d’un point de vue expérientiel (iOS qui bloque les boucles vidéos, taille d’écran, pas de roll over etc..).

Loin de nous l’idée de continuer à traiter la version mobile comme une version dégradée de la version « desktop » : nous pensons simplement qu’il ne faut pas adopter une approche qui part du terminal.

Et nous ne pensons pas non plus qu’il faut être totalement user-centric : si on ne cherchait à satisfaire que les besoins des utilisateurs, nous pourrions supprimer les 2/3 des contenus et fonctionnalités de la plupart des sites. Chez Octave & Octave notre priorité est d’identifier les services qui vont être attendus par les utilisateurs tout autant que les messages que la marque souhaite leur délivrer, et de réfléchir ensuite à comment proposer la meilleure expérience utilisateur en fonction des terminaux. Nous n’hésitons pas par exemple à concevoir directement sur mobile une fonctionnalité spécifique tandis que nous commencerons pas concevoir la version desktop d’une page dans laquelle la dimension narrative et interactive du contenu sera déterminante.

En conclusion, oubliez le mobile-first et venez faire avec nous du people-first et du content-first !

Alexandre Vannier
CEO d’Octave & Octave
av@octaveoctave.com