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Communication interne — en guerre contre le réchauffement climatique

La communication interne contre le réchauffement climatique

Il est désormais acquis que pour la responsabilité d’entreprise, la mère de toutes les batailles est la lutte contre le changement climatique.

Le réchauffement est en effet la matrice de la grande transformation que nous vivons.

Au-delà des risques considérables qu’il constitue pour la planète, donc nécessairement pour les entreprises – événements climatiques extrêmes, stress hydrique, pénuries alimentaires, rationnements, déplacements de populations, révoltes sociales, résurgence de régimes politiques autoritaires… –, il imprime dans le public un nouveau paradigme. Comme l’écrit Régis Debray[1] : « Un autre monde est en train de naître… Un autre esprit, dans nos façons de penser, d’espérer et d’avoir peur. L’angoisse écologique qui donne sa couleur au siècle n’annonce rien moins, pour notre civilisation, qu’un changement d’englobant. Ce fut l’histoire, ce sera la nature. » Et c’est à l’aune de cette « nature » qui se veut désormais indisponible[2] que l’entreprise doit se repenser : ses produits, sa chaîne de valeur, son projet… et sa communication. Interne notamment.

Car l’angoisse est mauvaise conseillère. Elle génère des comportements radicaux, le refoulement ou le manichéisme. Tout, sauf ce dont l’entreprise a besoin.

Son sujet est en effet de transformer une certaine radicalité – exprimée par exemple dans le Manifeste des étudiants pour un réveil écologique[3] – en une attitude constructive et singulièrement difficile : « Tout le challenge consiste à ouvrir le capot de l’entreprise et dire aux équipes que tout ce que nous avons mis en place dans l’ancien monde, il faut aujourd’hui le déconstruire. Cela implique de déconstruire les comportements humains en même temps que les process. C’est un travail de longue haleine. »[4]

En d’autres termes, les entreprises, en grande partie à travers leur communication, doivent accompagner patiemment leurs parties prenantes, au premier rang desquelles les salariés, pour qu’ils alignent intérêt de l’entreprise et nécessité de lutter contre le réchauffement climatique.

De trois manières, en hiérarchisant, en dialoguant, en mobilisant.

En hiérarchisant d’abord. Si cet article se focalise sur le changement climatique, c’est dans cette perspective… La RSE est bien souvent fourre-tout, les indicateurs nombreux, les labels et les organismes certificateurs surabondants. Il paraît essentiel de se concentrer sur une priorité, LA priorité. Et passer du temps à en faire comprendre l’importance en éduquant – Qu’est-ce que l’effet de serre ? Quel rapport entre effet de serre et trou dans la couche d’ozone ? Qu’est-ce que la compensation carbone ? Que dit l’ONU sur le climat ?…–, en sensibilisant aux attentes sociales – déconsommation, contrôle de l’obsolescence, prévalence du local… – et enfin, en clarifiant les impacts et les engagements de l’entreprise.

Il faut ensuite dialoguer. L’entreprise le fait assez largement mais dans des enceintes confidentielles souvent ignorées des collaborateurs.

Pourquoi ne pas s’inspirer d’EDF qui avait retransmis en direct à l’ensemble des salariés les travaux de son comité exécutif et faire de même pour les débats qui animent ces huis clos ? Ou suivre l’exemple d’Engie[5] qui organise des séances de Design Thinking entre ses collaborateurs et des acteurs de la transition énergétique. Ou encore embarquer des volontaires pour des learning expéditions dans les centres de R&D ou organiser des jeux de rôle Dans la peau d’un « écolo-activiste » comme le suggère Soon Soon Soon, le média en ligne consacrée à l’innovation positive[6].

Il est, enfin, indispensable de mobiliser. Sans nécessairement aller aussi loin que ces entreprises américaines qui, en septembre dernier, ont appelé leurs collaborateurs à la grève afin qu’ils puissent participer aux manifestations pour le climat : tout le monde n’est pas en effet Patagonia.[7] Mais si l’on veut éviter des pétitions hostiles comme celle des salariés de Google[8], il est préférable de donner des occasions de manifester son intérêt pour une cause désormais évidente. Comment ?  De trois manières : en valorisant la contribution des « transféreurs » qui exportent leurs habitudes écologiques domestiques au bureau, cherchant ainsi à transformer les pratiques au sein de l’entreprise ; en mobilisant l’intelligence collective pour designer des solutions qui réduisent l’empreinte carbone ; et en offrant aux collaborateurs qui le souhaitent de défendre les actions de l’entreprise en matière de lutte contre le réchauffement ou de devenir les pédagogues de cette dernière.

De toutes ces manières, la communication interne sera aux premières loges d’un combat nécessaire.

 

[1] Le Siècle vert, un changement de civilisation. Régis Debray, 2020, Gallimard

[2] Rendre le monde indisponible. Hartmut Rosa, 2020, Éditions La Découverte

[3] https://pour-un-reveil-ecologique.org/fr/

[4] Patricia Plas (directrice des affaires publiques) et Céline Soubranne (directrice RSE), Axa.

[5] https://business.lesechos.fr/directions-numeriques/digital/transformation-digitale/0600245216119-engie-catalyser-les-energies-humaines-325359.php

[6] https://www.soonsoonsoon.com/fr/notre-offre/

[7] L’américain Patagonia, par exemple, a largement rendu publique sa décision de laisser fermés ses 107 magasins ces deux jours, « pour encourager ses employés et clients à participer à la grève pour le climat ».

[8] https://www.lefigaro.fr/societes/amazon-accuse-de-menacer-ses-employes-critiquant-son-role-dans-la-crise-climatique-20200103