La chasse au mauvais contenu est ouverte
Non par les médias, les créateurs ou les agences, trop souvent prisonniers de la logique du flux et de la performance immédiate, mais par les plateformes elles-mêmes. Google recommande à ses équipes de valoriser les contenus répondant aux critères EEAT (Experience, Expertise, Authoritativeness, Trustworthiness). LinkedIn, avec son algorithme Brew 360, surpondère désormais la valeur informationnelle nette des publications, soit l’écart entre l’effort d’attention exigé et les bénéfices cognitifs réellement délivrés.
L’émergence des grands modèles de langage va amplifier cette course à la qualité. Les LLM imposent en effet à leurs codeurs un nouveau cadre pour juger les contenus : celui des 3H pour Helpful, Honest et Harmless. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit ni d’une morale du discours ni d’une bienveillance de façade. Les 3H fonctionnent comme un principe d’indexabilité et de sélection.
Un contenu helpest est directement utile et extractible.
Un contenu honest est factuel, traçable, corroborable.
Un contenu harmless est réutilisable sans risque cognitif, juridique ou réputationnel.
Un contenu médiocre, redondant, approximatif ou purement émotionnel n’est pas interdit, il devient invisible. Il n’est ni réutilisable, ni citable, ni stable. Il n’entre pas dans la chaîne de production des réponses.
Cette convergence entre l’EEAT, les 3H et Brew 360 constitue une réponse industrielle à un problème de sélection massive.
La prolifération de contenus de faible valeur, produits à coût quasi nul dégrade l’expérience des audiences, érode la confiance et fait exploser les coûts de calcul, de modération et de conformité réglementaire. Face à ce triple risque, les « médiateurs algorithmiques » de masse (nous écrivons de masse car il pourra toujours subsister des « nicheurs complotistes » !) privilégieront inévitablement les signaux de qualité éditoriales.
Ce changement de gravité algorithmique interroge la capacité des entreprises à produire une valeur informationnelle nette dans un monde saturé.
Eric Camel, CEO d’Angie