le blog des angiens

Rapports annuels et développement durable 2013 : retrouver le plaisir de comprendre

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Le plaisir de comprendre avec des infographies réalisées par Angie

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La Banque Postale aime les nouveaux formats

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Des chiffres et des lettres

Lire prend du temps. Il faut en moyenne 2 minutes à un adulte pour lire 500 mots, ce qui correspond à un article de taille courante. 2 minutes d’attention exclusive, c’est très long et ne parlons pas des 5, 10 ou 15 minutes nécessaires pour lire des dossiers beaucoup plus conséquents ou l’intégralité d’un support.
C’est sans doute la raison pour laquelle certains media digitaux (Vanity Fair, la plate-forme Medium, L’Equipe pour sa partie abonnés…) accompagnent désormais les articles qu’ils publient d’une estimation du temps nécessaire à leur lecture, ce qui est finalement le simulacre digital de l’exercice de feuilletage préalable qui permet au lecteur d’un magazine de ne pas s’attaquer au dossier central de 10 pages sans avoir une demi-heure de tranquillité devant lui.
« Outer » ainsi les temps de lecture, flécher les contenus en fonction de la « quantité » d’attention qu’ils vont mobiliser est finalement un avatar de la bataille de l’attention qui se joue aujourd’hui sur le web. C’est une manière de réduire le décrochage entre le temps (rare) dont disposent les internautes pour consommer une information, et le temps nécessaire pour lire celle (abondante) qu’on leur propose, une option qu’on peut qualifier de périphérique, en ce qu’elle habille, accompagne, présente le contenu lui-même, mais ne le modifie ni sur le fond, ni sur la forme.
Il existe d’autres options pour résoudre cette tension et pour lesquelles je risquerai cette ébauche de typologie :

1. Une option qualitative : proposer des contenus d’excellence, sur le fond comme sur la forme, en faisant le pari qu’il existe un seuil d’exceptionnalité du contenu au-delà duquel l’internaute acceptera de rester de longues minutes sur une page, indépendamment du temps dont il dispose. C’est l’exemple des long reads, initié par le New York Times, qui semble validé par les statistiques : on parle de 12 minutes de temps de lecture moyen sur le fameux Snowfall !

2. Une option quantitative : proposer des formats courts, calés sur les temps de consommation moyen de l’information en ligne. C’est globalement la doxa en vigueur sur l’écriture web : les internautes passent peu de temps à lire, ils scannent les pages plutôt qu’ils ne les lisent, etc. Il faut donc leur proposer des contenus courts, très structurés avec différents niveaux de lecture, etc. C’est à mon sens vrai dans une certaine mesure, mais cela tient aussi d’une confusion auto-entretenue entre cause et conséquence. Et si les temps de lecture sur le web étaient faibles justement parce qu’on propose aux lecteurs des contenus courts et très édités ?

3. Une option radicale : repenser l’expérience de lecture en oubliant ce que nous avons appris à l’école, et au passage deux millénaires d’humanisme qui en font un rituel indépassable et immuable sur la forme. Les possibilités technologiques offrent en effet à moyen terme des opportunités nouvelles de sortir de l’aporie « peu de temps, trop d’information ».
Je pense d’abord aux fonctionnalités de vocalisation des contenus, qui existent déjà par exemple sur certaines interfaces de navigation destinées aux personnes malvoyantes, mais dont l’excellent film Her préfigure les applications prochaines : toutes les informations, les mails, les articles consultés par le héros du film lui sont lues par l’OS de son ordinateur, qui s’invite dans une oreillette portée en permanence.
Ecouter un texte lu ne nécessite pas une concentration exclusive. On peut écouter la radio en faisant la cuisine, mais pas lire le journal. En revanche, cette pratique de l’écoute est souvent considérée comme un substitut dégradé de la lecture active, réservée à ceux qui ne savent pas encore lire (les enfants) ou qui ne peuvent pas lire (les personnes malvoyantes). Culturellement, l’acte noble reste celui de la lecture silencieuse et concentrée : c’est un cliché inconscient que nous véhiculons et intériorisons tous. Il est intéressant de rappeler qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Par exemple, dans l’Antiquité on surnommait Aristote « le liseur » parce que justement, il lisait pour lui-même en silence et faisait figure d’exception. Les autres sages de l’Antiquité – et Platon le premier – se faisaient faire la lecture par un esclave.
Je pense aussi à des applications comme http://www.spritzinc.com/ qui permettent d’optimiser de façon très simple la vitesse de lecture en affichant un seul mot à la fois à une fréquence pouvant aller jusqu’à 1000 mots/minutes. Personnellement, je perds le fil à partir de 550 mots/minute. Record à battre ?

PS : ce billet fait 722 mots, merci pour les 2min50 que nous venons de passer ensemble.


Vive les tensions !

Article paru dans Le Média – hiver 2014

Vous l’avez remarqué ? Une idéologie bisounours imprègne notre époque.

Son marqueur ? Croire que toutes les tensions peuvent s’abolir grâce aux bonnes volontés, à la recherche généralisée du bien commun, aux échanges et au consensus entre pairs. Un refus des conflits généralisé, qui se nourrit du sentiment de fin de l’histoire et des nouvelles technologies.

Évidemment, c’est un mirage. Un mirage dangereux car il nourrit la pire langue de bois (on « euphémise » pour masquer les tensions). Or, reconnaître la tension et accueillir la contradiction, c’est fertile. Bien souvent, on ne peut trancher aisément, il faut équilibrer. Prenons l’égalité et la liberté. Deux intérêts antinomiques, en tension permanente ; c’est la grandeur du Conseil constitutionnel de faire prévaloir l’une ou l’autre en fonction des circonstances, de trouver des équilibres transitoires et dynamiques. J’adore cette citation d’un grand patron du CAC 40 : « Notre modèle nous pousse à concilier le difficilement conciliable. Compétitivité et durabilité, audace et confiance, conquête de nouveaux territoires et renouvellement des marchés historiques. » Ici, on est authentique et on fait appel à l’intelligence des gens pour arbitrer, pour négocier, bref pour progresser.

De même, en matière de management, on oppose constamment la verticalité (has been) à l’horizontalité (le must), c’est-à-dire la participation des agents (citoyens, collaborateurs…) sur un mode égalitaire. Or, au chapitre de la participation, les gens sont d’autant plus enclins à s’engager qu’on a fixé un objectif à la conversation, un timing et une déontologie. La conversation et a fortiori la discussion (il faut se mettre d’accord) ou le débat (il faut choisir une direction) sont une mise sous tension. Quand Carlos Ghosn veut transformer Nissan et y associer plusieurs centaines de collaborateurs (il recueillera plus de 2 000 idées), c’est lui et son état-major qui fixent les sujets à traiter.

Mon sentiment est que la communication corporate gagnerait en confiance et en pertinence si elle se construisait comme un instrument d’énonciation et de gestion des tensions.

Éric Camel


Transmédia – passons de la lecture à l’expérience

15h25, réunion importante dans 5 minutes. Je reçois une vidéo ludique expliquant la nouvelle stratégie digitale du groupe. Pas le temps.

16h45, vendredi, je pars tôt et je profite de mon trajet en train pour trier mes mails mais aussi regarder la vidéo sur la stratégie. Pas de connexion.

Dans le métro, 8h45, j’essaie de lire une note sur le déploiement à l’international de mon groupe, un PDF de 15 pages, illisible, inadapté.

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Communication interne : Éloge du comique

Souvent, en auditant les contenus des communications internes, je pense (sans nécessairement le dire au client) que c’est avant tout ennuyeux. M’ont gagné en effet les sentiments que le Larousse assigne à l’ennui : « lassitude morale, impression de vide engendrant la mélancolie, manque d’intérêt, monotonie (au singulier seulement) ».

Il y a de multiples manières de s’y opposer : produire des contenus denses (sans eau) – ce qui se distingue du sempiternel appel à « faire court » –, singulariser le langage, donner le sentiment de l’urgence, faire preuve d’une grande créativité… Une liste pourrait être faite (à venir sur le blog). Mais souvent le ressort comique est la meilleure solution. Faire rire ou sourire crée le contact, la reconnaissance, le buzz, et surtout ce petit choc cathartique qui, simultanément, évoque une situation difficile et incite à la dépasser en trouvant des solutions.

Rien n’est plus utile dans une entreprise qui chaque jour invite ses collaborateurs à « sortir de leur zone de confort » mais préfère les euphémismes à la franchise du comique. Et à sa modernité. Car le comique désacralise et lie profondément mais légèrement. Toutes ses formes ne sont évidemment pas mobilisables. La farce est délicate, l’humour noir déconseillé, le burlesque dévalorisant. Mais l’humour et, parfois, la parodie sont de très bonnes disciplines.

La parodie quand elle s’attaque en les déformant aux faux modèles pour les faire évoluer : le manager avec ses anglicismes, l’expert avec ses acronymes, le communicant avec ses éléments de langage. Tellement utile, encore, pour communiquer sur la transformation numérique. De manière équilibrée : en soulignant l’inanité des technophobes, qui « flippent » de voir leur vie privée contrôlée, tout en se moquant des technophiles, pour qui un réseau social fabrique par lui-même le partage et l’harmonie. On pourrait imaginer une BD : bisounet contre bizunet (je ne suis pas auteur…).

Et puis il y a l’humour. Indispensable. Très adapté à l’entreprise, univers appliqué par définition, puisqu’il crée le comique en mordant le sérieux. Il permet de mettre à distance les conventions pour en faire apparaître les défauts, de susciter l’autocritique, le sourire de soi-même. Imaginez ce qu’on pourrait faire en moquant les valeurs d’une entreprise, en les sortant de leur emphase pour finalement prouver leur intérêt. Ce qui résiste à l’humour est plus fort. Regardez Barack Obama, une grande partie de son leadership tient à cette capacité de décontraction, de proximité, de refus de « l’esprit de sérieux ». C’est d’ailleurs lui qui m’a inspiré ce petit billet. J’en prépare une nouvelle version. Plus fun…


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